Boujou.
Samedi et dimanche, Cambremer va fêter les produits alimentaires des terroirs de qualité d'Europe. Les AOC normandes dessinent leur avenir dans un monde alimentaire bouleversé.
Pour peu que le soleil brille samedi et dimanche à Cambremer, l'image d'Épinal de la Normandie s'offrira aux yeux des visiteurs du festival des AOC : sur les pentes des vallons alentours, les vaches normandes rumineront l'herbe grasse sous les pommiers en fleurs. Telle est l'image emblématique des 11 appellations d'origine contrôlée normandes dans les cidres, le poiré, le pommeau, les calvados et les produits laitiers de Normandie. Elles font la réputation des terroirs agricoles normands. Si l'on y ajoute la richesse des produits de la mer, de la moule de bouchot du Mont-Saint-Michel, des huîtres de Saint-Vaast-la-Hougue, et autres trésors maritimes, la Normandie de la terre et de la mer pourrait apparaître comme un pays de cocagne.
Au-delà de l'image d'Épinal, la réforme de l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) conduit chaque produit à redéfinir, un à un, ses conditions de production. Cette réforme intervient au moment où l'industrialisation de l'agriculture atteint des sommets, avec l'introduction farouchement débattue de nouvelles semences que sont les OGM. Les prix des produits alimentaires de base augmentent fortement. Dans ce contexte, les produits AOC cherchent leur voie : la relation intime au terroir, le goût, l'authenticité, les traditions des processus de production et de transformation restent-ils des valeurs à défendre ? Les consommateurs accepteront-ils de les payer plus cher ?
En Normandie comme dans toutes les autres provinces françaises et européennes, des producteurs se battent magnifiquement, le plus souvent dans les zones les plus difficiles, les plus à l'écart des grands axes de communication, pour les faire valoir. Cependant, entre les uns et les autres, entre les producteurs eux-mêmes, entre les fabricants transformateurs, le débat fait rage, parfois jusqu'à la caricature pour définir des règles économiquement viables, sans déroger à l'authenticité d'un produit.
Farouches débats
« L'affaire » du camembert de Normandie au lait cru illustre parfaitement ces contradictions internes. Au-delà de cette polémique, la vache de race normande, face à la mondiale Prim-Holstein, n'est-elle pas un signe fort de lien au terroir ? La nourriture à base d'herbe et de foin n'est-elle pas un gage de garantie organoleptique pour les produits laitiers ? Les pommes issues des vergers de plein champ ne garantissent-elles pas une diversité variétale plus ample, et un non-recours aux traitements insecticides pour les AOC cidricoles ? Les zones AOC peuvent-elles se permettre de se placer sous la menace directe des OGM ? Autant de questions qui nourrissent le débat dans les campagnes normandes.
François LEMARCHAND.
Ouest-France

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