Dumas et la Vire.

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Dumas et la Vire.

Message par LORD le Lun 11 Jan - 22:28

Boujou.

Alexandre Dumas, à en croire cet extrait jusque-là quasiment inconnu du Chasseur de sauvagine (1858), préfère largement la partie haute de la Vire à sa partie basse..

'La Vire est un fleuve, comme disent les géographes et non une rivière, comme disent les Normands. Je dois cependant l'avouer, comme nombre de choses d'ici-bas, comme quantité de jolies femmes et de grands hommes, de révolutions et de tragédies, comme ses illustres confrères le Rhin ou le Rhône, la Vire a une fin indigne de ses commencements.

Née à l’endroit même où naquit le Vaudeville, c’est-à-dire dans le val de Vire, ombragée à sa source par la charmante forêt de Saint-Sever, après avoir promené, pendant vingt-cinq lieues durant, ses eaux cristallines sur un fond de roches brunes et sur un lit de sable doré et d’algues vertes; après avoir fait rejaillir sur vingt cascades des milliers de boisseaux de perles scintillantes au soleil; après avoir fait tourner le moulin poétique d’Olivier Basselin, tout à coup, à quelques lieues au-dessus de Saint-Lô, à la hauteur d’Isigny, la Vire disparaît et s’engouffre dans des marais plats et fangeux. Plus de ceintures de prés verdoyants et fleuris, plus de couronnes de rochers empourprés de digitales, plus d’aigrettes de hêtres aux troncs lisses, ces vigoureux enfants du terroir bocager.
Non ! le pauvre petit fleuve, tout honteux de sa mésaventure, semble vouloir retourner sur ses pas. Il ne court plus, il chemine. Ses eaux vives et folâtres où les nymphes du rivage baignaient leurs pieds diaphanes et mouillaient leurs blonds cheveux, ses eaux vives et folâtres qui chantaient mille murmures en bondissant sur les cailloux tandis que les oiseaux chantaient mille chansons en sautillant dans les buissons, ses eaux vives et folâtres, perdant leurs teintes de pourpre et d’azur, se traînent silencieuses et mornes à travers une couche de tourbe qui les colore de bistre, et se refusent à refléter l’image des roseaux jaunâtres qui végètent sur leurs rives désolées.
Par bonheur, l’Océan vient au-devant du fleuve infortuné, lui tend les bras, le reçoit dans son giron et l’emporte dans l’immensité, comme la mort prend pitié d’un enfant souffreteux et l’emporte dans l’infini."

La Manche Libre.
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