Rouen - patrimoine - Monuments en péril

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Rouen - patrimoine - Monuments en péril

Message par LORD le Sam 21 Juin - 12:54

Boujou.

"Mis à mal par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, les monuments rouennais tombent en décrépitude. La faute au désengagement de l'Etat et à des travaux sans cesse retardés. Etat des lieux:

«Pelouse interdite. Attention chute de pierres. » Ce panneau d'avertissement fiché sur le parvis de la splendide abbatiale gothique Saint-Ouen résume le drame qui touche les trésors architecturaux de Rouen. Témoins des périodes glorieuses que la cité normande a connues tout au long de l'Histoire, ses monuments se délabrent, lentement mais sûrement. Partout, dans les quartiers qui ont survécu aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale, les toits sont échafaudés, les clochers enrubannés, les façades à moitié ravalées... Une incurie que près de 3 millions de touristes découvrent chaque année. Ainsi, Allemands, Américains, Canadiens et Japonais qui viennent admirer les splendeurs d'un patrimoine unique en France devraient se méfier. Ils pourraient bien être assommés par un morceau de gargouille moyenâgeux tombé de 30 mètres d'une façade mal entretenue.

Brèches colmatées.

Certes, aucun accident dramatique n'est encore à déplorer. En 1999, lors de la forte tempête qui a traversé la France, un clocheton de la cathédrale s'est tout de même effondré dans le choeur de l'édifice. A la grâce de Dieu, à 7 heures du matin il n'y avait sur les bancs ni fidèles ni touristes... Reste que huit ans plus tard les 20 tonnes de métal gisent encore dans les dépendances de l'église. Il n'y a pas d'argent pour restaurer le clocheton. Des fonds ont bien été annoncés, mais jamais débloqués. « Avec le désengagement de l'Etat, et à force de retarder les travaux, nous sommes passés d'une période de valorisation du patrimoine à une période de gestion de l'urgence et de la sécurité. Désormais, nous colmatons les brèches , regrette Valérie Fourneyron, maire de Rouen. Autour de la cathédrale, quand les vents dépassent 80 kilomètres par heure, nous sommes obligés de fermer la place, pour ne pas risquer l'accident. » Mais la cathédrale Notre-Dame, le seul monument de la ville qui reste sous la tutelle de l'Etat, n'est pas la seule à souffrir du manque de moyens. Les églises Saint-Maclou, Saint-Ouen ou le temple Saint-Eloi connaissent les mêmes soucis.

Saint-Maclou fait particulièrement enrager Jean-Pierre Chaline, le président de l'association Amis des monuments rouennais. « C'est un des grands scandales de la restauration d'après-guerre, lance sans ambages cet historien. La partie de l'église qui a été détruite en 1944 n'a jamais été entièrement réparée. Le clocher a été fini l'an dernier, mais certains pans de mur sont encore en parpaings. Les chapelles n'ont pas été refaites et les décors baroques, abîmés, sont toujours dans les caves. Pourtant, avant la guerre, Saint-Maclou était un des monuments les plus prisés. C'est un joyau qu'on a laissé dépérir. »

Dotation divisée par deux.

A l'instar de ce professeur d'histoire à la Sorbonne, d'autres Rouennais se battent pour mobiliser les autorités locales et sauvegarder leur patrimoine. Ainsi, une pétition, qui vise à accélérer la restauration du clocheton de la cathédrale, a recueilli 800 signatures. Il n'empêche, pour l'instant, rien ne bouge. « Tout le monde s'accorde à dire que Rouen dispose d'un patrimoine formidable, mais personne n'y investit un sou. En cinq ans, la dotation du ministère de la Culture pour nos monuments a été divisée par deux. Si nous en sommes là, c'est qu'il y a des gens qui ne font pas leur travail », accuse Benoît Lanfry, représentant dans la région Haute-Normandie du Groupement des monuments historiques, instance qui réunit 180 entreprises spécialisées dans les monuments et le patrimoine ancien. Jamais avares d'études, la mairie et la Direction générale des affaires culturelles de Haute-Normandie ont commandé à Régis Martin, architecte en chef des Monuments historiques, un inventaire sanitaire du patrimoine de la ville. Le verdict sera rendu en 2009. En attendant, 500 000 euros viennent d'être débloqués par l'Etat pour réaliser une étude sur la réfection du clocheton. Mais le problème est connu : « Il manque 15 millions d'euros pour financer les travaux. Dont 5 à la charge de la ville », explique Guy Pessiot, adjoint à la culture. Un investissement qui n'est pas dans les moyens de la ville : ce montant dépasse en effet le budget annuel investi par Rouen dans la culture sous toutes ses formes.

Chargée d'un patrimoine démesuré pour le budget d'une ville moyenne, la mairie plaide en faveur de financements croisés Etat/région/département/ville. « Nous voudrions être les moteurs pour mettre tous ces acteurs autour de la table et leur faire signer, dès cette année, un contrat de patrimoine pluriannuel, en indiquant les chantiers prioritaires : Saint-Maclou, Saint-Ouen, l'aître Saint-Maclou », explique Valérie Fourneyron.

« Le patrimoine historique de Rouen est dans un état effrayant et la situation financière de la ville est très difficile », reconnaît de son côté Laurent Fabius, le nouveau président de la communauté d'agglomération, qui s'empresse de préciser que « le patrimoine n'est pas du ressort de la communauté d'agglomération, mais du département ». Et l'ancien Premier ministre d'ajouter : « Mes amis politiques sont très sensibles à cette question et nous ferons tous les efforts possibles, en veillant à ne pas séparer la notion de patrimoine de son exploitation. Cela ne sert à rien d'avoir un beau bâtiment si l'on n'en fait rien. » Que les amis des monuments historiques ne se fassent pas d'illusions, le grand projet culturel de Laurent Fabius est celui de l'exposition internationale sur l'impressionnisme en Normandie, qu'il veut lancer dans deux ans.

Puits sans fonds.

Du côté de l'Etat, personne ne nie l'urgence dans laquelle se trouve le patrimoine rouennais. Dans un rapport rendu en décembre 2007, le ministère de la Culture avance que 124 millions d'euros seraient nécessaires pour restaurer les monuments en péril en Seine-Maritime. En France, seul Paris aurait besoin de plus. « La Haute-Normandie est un puits sans fonds. Ses monuments, très fragiles, requièrent de lourds investissements », confirme François Erlenbach, le directeur régional des affaires culturelles de Haute-Normandie. Cet ancien chef de mission sur le mécénat auprès de Jean-Jacques Aillagon, alors ministre de la Culture, se veut néanmoins raisonnable : « Nous demandons au ministère de la culture 24 millions d'euros, dont 15 pour la cathédrale Notre-Dame. » Une somme qui lui paraît possible d'obtenir auprès de l'Etat. « D'autant que Nicolas Sarkozy avait fait la promesse présidentielle de porter le budget annuel du patrimoine de 350 à 400 millions d'euros par an », explique-t-il. Le déblocage des fonds signifierait-il la fin des soucis rouennais ? Pas tout à fait ! Si les fonds étaient débloqués aujourd'hui, le premier coup de truelle ne serait pas donné avant... fin 2012. « Et cela si rien ne grippe », confie François Erlenbach. D'ici là, les touristes risquent donc encore de voir des trésors architecturaux s'effondrer à leurs pieds "

Source: Le Point
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