20 ANS d'AGGLO à CAEN: l'âge de raison pour choisir!

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20 ANS d'AGGLO à CAEN: l'âge de raison pour choisir!

Message par Florestan d'Hudimesnil le Mer 22 Déc - 12:53

Hier à Caen, dans l'amphithéâtre qui porte le nom de celui qui s'était battu contre le pouvoir central parisien pour qu'une université soit rétablie dans la ville normande martyre en 1944, (le préfet Pierre Daure) un colloque public ouvert et présidé par Philippe DURON député-maire et président de l'agglo de Caen, célébrait les 20 années de la communauté d'agglomération de Caen (1990-2010), bilan et perspectives...

La première table ronde rassemblait les élus qui mirent en route le chantier de l'intercommunalité caennaise dans les années 1990: faire ensemble ce qu'on ne pourrait jamais faire seul autour de l'idée de respecter l'autonomie des communes qui désormais s'associent... Achèvement du périphérique, grands équipements et surtout faire face financièrement aux désastres industriels d'une Normandie connaissant un profond déclin: fermetures de la SMN, de Moulinex et d'autres entreprises...

L'effort de solidarité (feue la taxe professionnelle unique), la subsidiarité (transmettre à l'échelon de l'agglo ce que la commune techniquement et financièrement ne sait pas faire) et la stratégie (prendre conscience d'un territoire unique et cohérent pour préparer l'avenir) a donc permis à Caen de maintenir un certain dynamisme au sein d'une demi-région "bas" normande plutôt atone et soumis à des dynamiques négatives (par exemple, le massif exode des jeunes diplômés: c'est l'équivalent de 5% de la population normande (Haute et Basse Normandie) qui s'est installée en région parisienne depuis le recensement de 1999!)

Jean-Marie GIRAULT, ancien maire de Caen réélu 6 fois entre les années 1970 et 2001 s'est exprimé de façon pertinente notamment pour rappeler qu'il fut en 1993 l'initiateur politique de l'idée d'un réseau de villes et d'agglos en Normandie avec le lancement de "Normandie Métropole" (avec Duroméa au Havre et Lecanuet à Rouen): on sait hélas quel destin fut réservé à cette initiative!

Autre difficulté: faire admettre aux conservateurs de droite issus des cantons ruraux du Calvados l'évidente présence au coeur même du département du "district" de Caen puis de la communauté d'agglo de Caen maintenant "Caen la Mer" (appelation débile souhaitée par Luc Duncombe qui craignait que l'on confondît Caen avec Cannes faute de visibilité nationale: "autant que Caen soit situé près de la mer " a rappelé Luc Duncombe présent au colloque. Comme il hésitait entre "Basse" Normandie et "Normandie", on lui rappelera que "près de la mer", ça reste "vague").

Pendant longtemps hélas, le conseil général du Calvados (parfois aussi le conseil régional de Normandie basse présidé par un certain René Garrec jusqu'en 2004) ont ignoré le territoire le plus dynamique de la demi-région: Caen et son agglomération avec pour résultat un étalement péri-urbain prononcé (l'aire urbaine de Caen d'un rayon de 30 km est l'une des plus étendues de France par rapport à la taille de l'agglo centrale; 400 hectares de terres agricoles sont artificialisées chaque année dans le Calvados et la ville centre de Caen perdait jusqu'à 1000 habitants par an au profit de ses périphéries)

Aujourd'hui, 20 ans après, personne ne remettrait en cause l'acquis de la présence d'une communauté d'agglo à Caen qui s'est enfin récemment doté des outils stratégiques de prospective qui lui manquait encore: une agence d'urbanisme (AUCAME) avec pour périmètre celui de "Caen Métropole" c'est à dire le périmètre du SCOT (Schéma de cohérente et d'organisation du territoire) visé par la préfecture et qui engage les élus des collectivités concernées à agir sur les grands projets et les grandes contraintes du territoire concerné... (pour le SCOT de Caen: limiter l'étalement urbain; améliorer les accès Sud et Est de l'agglo; intégrer les retombées économiques de l'Estuaire normand en développant la coopération entre les ports de Caen-Ouistréham-Cherbourg et les GPM du Havre et de Rouen; créer un corridor de fret ferroviaire Le Havre-Mézidon; réouverture de la ligne SNCF Caen-Flers; développement international du plateau "Côte de Nacre" dans la recherche physique nucléaire fondamentale; l'arrivée de la grande vitesse ferroviaire dans la région...).

L'agglo s'est en outre doté d'un PLan Logement Habitat (pour construire 1400 logements par an au centre de l'agglo) et d'une société d'économie mixte d'aménagement qui n'existait pas encore pour penser l'avenir urbain et architectural de l'immense friche portuaire de la Prequ'île et des rives de l'Orne (arrivée de l'architecte Rem Koolhaas à Caen pour la future médiathèque).

En revanche l'effort n'est pas terminé et le retard accumulé dans les années 1975-1995 est toujours pesant: il y a toujours deux agences de développement économique à Caen Synergia d'un côté (avec un président Levigoureux très favorable à l'évidence d'une seule Normandie, nous y reviendrons...) et la Shéma fondée et présidée par l'ancien maire d'Hérouville St Clair, François Geindre (derniers restes de la lutte stérile et intestine entre Caen centre et Hérouville la ville la plus moderne et dynamique du Calvados... qui faisait dire à JM Girault que "Caen est une ville subtile").
De même les méfiances contre l'émergence d'une puissante métropole caennaise persistent:

Ouistréham qui justifie pourtant l'accès de Caen à la mer, n'est toujours pas dans l'agglomération! Le Georges Frèche local s'y refuse toujours... Comprenne qui pourra!

Le périmètre de la communauté d'agglo de Caen ne correspond toujours pas à celui du SCOT et de "Caen Métropole" périmètre de l'agence d'urbanisme: très concrètement, les ruptures de charges et de qualité de service sur le territoire sont toujours mal vécues par les populations qui habitent à 10km ou 15km du centre ville caennais car leurs communes rurales ou périurbaines ne veulent pas entrer dans la communauté d'agglo. En clair: quand il neige pas de "Bus Verts" pour les scolaires qui se lèvent habituellement tôt pour rentrer plutôt tard chez eux (effet pervers du périurbain...) ou alors payer le tarif plein pour accéder aux grands équipements culturels et sportifs de l'agglo de Caen.

Le manque de coopération de projets et de finances entre l'agglo de Caen (plutôt à gauche) et le conseil général du Calvados (plutôt à droite) persiste: le départ d'Anne d'Ornano (enfin!!!) prévu en mars prochain devrait permettre enfin en oeuvre une politique de coopération intégrée entre l'agglo de Caen, le conseil régional et le conseil général du Calvados, notamment sur la question des transports.

Voilà donc pour le bilan: rattrapage du retard et maintien d'un minimum de dynamisme dans une demi-région en déclin

Et la perspective?

Face à l'invité extérieur qui était, bien entendu! le maire et président de l'agglo de ... Rennes, M DELAVEAU (successeur d'Edmond HERVE), l'ombre de la question régionale normande n'aura pas cessé de planer sur les prises de paroles des uns et des autres: faisons donc trois constats

1) Je pose bien entendu la question de la nécessité géopolitique d'intégrer l'évidence normande pour sortir du non-choix actuel ( "Grand Ouest" ou "Grand Paris" ptêt ben qu'oui ptêt ben qu'non) et mettre les pieds dans le plat au nom du collectif "Bienvennue en Normandie":
Tous les techniciens du territoire présents au colloque (le président de l'agence d'urbanisme; le président de Synergia; le représentant des entreprises; la présidente du tout nouveau conseil économique et social d'agglo) sont intervenus pour dire que la coopération métropolitaine entre Caen, Rouen et Le Havre était indispensable tout comme l'intégration de la "grande Normandie, 6ème région de France" incontournable... Tous y compris le journaliste chauffeur de salle qui en a remis une couche en demandant à Philippe Duron qui avait dès son discours d'introduction fait allusion à "l'interrégionalité et à la réunification des deux Normandie"(sic), ce qu'il pensait du fait que le Moniteur (magazine professionnel des architectes) classait la Haute Normandie dans une région Grand Nord et la Basse Normandie dans une région Grand Ouest)

2) Réponse de Duron qui confirme le pouvoir de nuisance d'un certain Alain Levern:
Il y a des différences depuis longtemps entre Haute et Basse Normandie régions finalement plus complémentaires que différentes (normal! ce sont les deux moitiés d'une seule entité géo-historique). Le Pont de Normandie "un trait d'union sur une frontière" (belle formule de Duron) démontre qu'il n'y a pas de déterminisme de la géographie notamment administrative, les territoires sont avant toute chose le résultat de ce qu'en font leurs habitants avec les projets des collectivités: une unité de territoire se construit autour de l'Estuaire normand, Caen y participe c'est l'avenir. De même la coopération en réseaux de métropoles Caen, Rouen et Le Havre est une "idée robuste" à laquelle il faudra revenir insiste Duron non sans regretter que "nos amis haut-normands sont actuellement fascinés par le Grand Paris" qui est à la fois une "illusion et une évidence" car le risque est tout de même grand pour Rouen et Le Havre de s'enfermer dans cet "axe Seine" avec une relation obligée sinon unique avec la puissante région parisienne et ses 12 millions d'habitants... Quant au Havre port de Paris, c'est une illusion dans l'illusion puisque d'ores et déjà c'est Anvers qui joue ce rôle...

Duron regrette que cela soit si difficile pour la mise en oeuvre du PRES normand, que les Haut-Normands s'enferment en Haute Normandie sur l'axe Seine (quitte à oublier l'Eure) en ne regardant pas assez vers l'Ouest et le Sud... Conséquence: les Bretons nous tendent les bras!

3) M Delaveau, le maire de Rennes clôture le colloque avec une conversation avec Philippe Duron: le retard entre Caen et Rennes est analysé (une agglo de Rennes qui voisine désormais les 370 000 habitants contre une agglo de Caen qui plafonne à 225000) ; des comparaisons sont faites aussi (même problématique d'étalement urbain tant à Rennes qu'à Caen) et l'idée qu'un Grand Ouest avec réseau d'agglos aurait du sens avec l'intégration de Caen au réseau "Loire Bretagne" (Nantes- Rennes déjà organisés en "conférence métropolitaine" + Brest+Angers +Le Mans)

On sera tenté de dénoncer une autre illusion: le Grand Ouest dans lequel un Caen -Rennes a plus de sens qu'un "Rennes-Caen". Mais l'IEP de Rennes qui aspire à être l'IEP du "Grand Ouest" annonce la création d'antennes à Nantes et... Caen. Le maire de Rennes raconte aussi pourquoi Jean-Yves LEDRIAN un breton convaincu président de la région Bretagne a voulu réouvrir la Bretagne trop "ligérienne" vers le Nord en ouvrant une porte vers la Basse-Normandie au même titre que la Cornouaille anglaise, le Pays de Galles ou l'Irlande...

Duron rappelle que la Basse Normandie agricole et maritime doit coopérer avec la Bretagne sur l'axe Manche et Atlantique tout en faisant le constat que les "Bas' normands ont toujours du mal à se faire connaître et ont du mal avec le "marketing territorial" pratiqué sans complexe pas les Bretons: on sent un nouveau marché de dupes! Les Haut-normands cocufiés par le Grand Paris d'un côté et de l'autre des Bas-normands balladés et embobinés par les Bretons: quand j'ai évoqué à la pause l'existence du projet UNESCO des "Marches de Bretagne" intégrant le Scriptorial d'Avranches, mes interlocuteurs ont ouvert de grands yeux... M Delaveau a rappelé sans complexes comment les élus Bretons ont utilisé le réseau consulaire français à Bruxelles ou à l'étranger pour faire avancer des demandes de subvention...

CONCLUSION:

Plus que jamais, il nous faut choisir entre le Charybde du Grand Paris et le Sylla du Grand Ouest: l'intégration d'un projet régional normand autour de Caen; Rouen et Le Havre avec l'Estuaire ou le ferroviaire réunificateur sera la seule façon de contrebalançer les forces centripètes actuelles qui détruisent finalement l'idée même qu'il puisse exister encore une évidence normande: coopération ou compétition ou les deux à la fois (d'où le mot valise de "coopétition" qui ne doit pas justifier que l'on ne fasse rien bien au contraire!).
Malgré ce contexte morose, Philippe Duron a fait quelques annonces: la confirmation du renforcement décisif de la coopération portuaire normande avec Ports Normands Associés comme avant port des GPM du Havre et de Rouen; le rétablissement de liens et de coopérations entre Caen et Le Mans (notamment au niveau universitaire); l'élection du plateau Nord Côte de Nacre pour le projet européen EURISOL (recherche fondamentale et internationale sur les ions "exotiques") et la décision acquise de construire la future gare TGV de Rouen sur la rive gauche faisant de Rouen le futur carrefour ferroviaire d'une Normandie unique...

Reste à unifier le Parti socialiste en Normandie!

PS (justement...): PAS UN MOT sur Brigitte LEBRETHON de tout ce colloque ! De même pas un mot sur le projet et le rayonnement culturel de l'agglo de Caen (c'est actuellement plutôt un gros bazar... alors que la culture fait partie des armes les plus efficaces pour construire la notoriété d'un territoire: c'est un énorme GACHIS quand on sait la grande renommée de la NORMANDIE à l'étranger: pas un mot non plus sur le XIe centenaire de notre région, juste un seul sur Normandie 2014 et les jeux équestres...

Florestan d'Hudimesnil

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Re: 20 ANS d'AGGLO à CAEN: l'âge de raison pour choisir!

Message par guillaume1987 le Mer 22 Déc - 13:41

Ils faudraient médiatiser au maximum le 1100 ans de la Normandie pour montrer quon est la qu'on existe !!!! Et enfin poser la question de réunification trop de politique pense a sa petite place !!

guillaume1987

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