VERS UN FEDERALISME NORMAND

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VERS UN FEDERALISME NORMAND

Message par Florestan d'Hudimesnil le Sam 12 Mar - 18:25

Vers un fédéralisme normand : coopérations, réseaux et solidarités, la Normandie, laboratoire régional pour un nouveau modèle d’aménagement du territoire en France ?

« Paris et le désert français » (Jean-François Gravier, 1947)
« Décoloniser la province » (Michel Rocard, 1966)

Telles ont été les justifications du grand effort historique d’aménagement du territoire et de décentralisation mis en œuvre dans la France de l’Après Guerre et de la Reconstruction, dans le cadre de la planification de l’Etat central et piloté par la DATAR (Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale).

On ne rappellera pas ici le bilan de cette politique fondamentalement républicaine qui visait à une véritable péréquation des territoires pour un accès général au développement économique, aux services publics sociaux, aux grandes infrastructures de transports, à la formation, à la culture, à la recherche scientifique ou à l’innovation technologique…

On rappellera surtout hélas, que ces deux grandes politiques historiquement liées (aménagement du territoire = décentralisation et vice-versa) sont aujourd’hui en déliquescence suite au désengagement de l’Etat central qui a largement transféré ses compétences aux collectivités territoriales au nom de la « décentralisation » sans pour autant transférer les moyens ou l’autonomie financière nécessaires à ces dernières (externalisation).

Avec la rentabilité, la concurrence, la restructuration voire la privatisation des services comme nouveaux paradigmes des politiques publiques, l’Etat central accélère son désengagement des territoires obligeant les collectivités à prendre de plus en plus de responsabilités et d’initiatives (contractualisation avec l’Etat ; recours aux fonds européens ; financements croisés entre collectivités ; partenariats public /privé) : la compétitivité a remplacé l’aménagement des territoires et la décentralisation, faute de s’accomplir enfin en une véritable « régionalisation », aboutit à reproduire les effets négatifs de l’hyper-centralisation parisienne à l’échelle régionale. (micro-centralisation : « Toulouse et le désert de Midi-Pyrénées »).

En effet, la compétitivité actuelle des territoires a pour conséquence paradoxale de mettre en concurrence parfois rude les anciennes « métropoles d’équilibre » chères à la DATAR devenues autant de « petits Paris de province » qui polarisent pour leur seul profit des territoires qui ne sont plus irrigués mais drainés sinon asséchés par un effet de métropolisation : nous assistons au grand retour du modèle « centre dominant / périphéries dominées »…

Faute d’un « acte III » de la décentralisation, clairement et rapidement engagé, l’échec actuel de la politique « d’aménagement du territoire » nous obligerait à la gestion d’urgences économiques, sociales voire politiques graves dans les territoires qui souffrent le plus des excès de la polarisation métropolitaine.







· Quels sont ces territoires en souffrance ?


1° Les territoires ruraux en marge : à plus de 80km d’une métropole, encore enclavés, avec une faible densité de population, avec des services publics et sociaux en déshérence, une population vieillissante (fuite des jeunes), subissant la crise terminale du monde agricole.

2° Les territoires « péri-urbains » : dans un rayon de 30 à 40 km d’une métropole (aire urbaine), là où réside désormais la majorité de nos concitoyens qui vivent de la métropole (travail ; services éducatifs, commerciaux et loisirs) sans avoir les moyens d’y vivre (prix du mètre carré) avec pour conséquence une forte dépendance à l’automobile (prix des carburants) et un mitage pavillonnaire qui dévore l’espace.

3° Les territoires des « banlieues sensibles » : dans la périphérie immédiate de la métropole, les quartiers crées dans l’optimisme de la période précédente pour une nouvelle civilisation urbaine (villes nouvelles ; grands ensembles devant assurer confort moderne et mixité sociale) sont devenus depuis plus de 20 ans des « ghettos » abritant les plus précaires ou les populations d’origine étrangère suite au départ des classes moyennes préférant la propriété dans le péri-urbain pavillonnaire que la location dans une tour ou une barre. Ces quartiers déjà au bord de l’explosion sociale fond l’objet principal de la « politique de la ville » ( ex : ANRU)

4° Les territoires des régions situées dans un rayon de 200km autour de la Région Parisienne : c’est le « grand Bassin Parisien », véritable impensé de l’aménagement du territoire en France depuis plus de 40 ans. Ce sont des territoires « interstitiels » subissant, à la fois, les effets de la « macrocéphalie » de la région parisienne et la polarisation exercée par la couronne périphérique des métropoles d’équilibre. Des « métropoles oubliées » (Yves Guermond) : Rouen, Tours, Reims… Ces territoires pourtant très riches qui ne doivent pour l’instant leur avenir que dans une relation d’étroite dépendance avec la région parisienne (déconcentration) sont fragilisés par la polarisation actuelle : quel avenir possible entre Paris et Lille ; Nantes ; Lyon ; Strasbourg ? Et pour ce qui nous concerne, entre Paris et la Mer ? Si l’on considère qu’une métropole devrait fixer l’avenir d’un territoire régional…


· Quelles solutions ?

1) Contrarier la logique « centre dominant/ périphéries dominées » en sortant du modèle de centralisation : contre la vieille culture politique et géographique française de la capitale centrale (jacobinisme) il faut un nouveau volontarisme politique pour imposer la logique de réseaux de villes animés par des pôles de métropoles mises en réseau pour un maillage de l’avenir plus harmonieux et plus profond sur l’ensemble du territoire. (Irrigation)

2) La « coopétition » est un mot valise dangereux ! Rappelons l’évidence : compétition et coopération sont inconciliables. Face aux logiques actuelles de compétition entre des territoires ouverts à toutes les échelles, la seule solution viable est la coopération et la solidarité des collectivités territoriales autour d’un projet d’avenir commun.



3) Affirmer enfin de vrais territoires régionaux en France en réconciliant la géographie institutionnelle avec les évidences « géo-historiques » constitutives du pays : en 1790 les députés révolutionnaires ont tenu compte des anciennes provinces ou diocèses pour créer les départements. L’abandon du modèle de centralité métropolitaine (une région = une préfecture= une métropole capitale) au profit de la réactivation des réseaux de villes ou de métropoles légués par la géo-histoire, permettrait de faire émerger un vrai maillage régional : les « néo-régions » ne seraient plus des machins « logotypés » mais enfin de vraies régions clairement identifiées par leurs habitants ! (ex : le réseau des villes bretonnes ; le réseau des villes ligériennes…)

4) Mettre en œuvre une vraie réforme des collectivités territoriales, c’est à dire le contraire de l’actuelle réforme prévue pour 2014 : un « acte III » de la décentralisation assumant la nécessité d’une vraie régionalisation qui ne doit ni être la « cantonalisation du conseil régional » (Adrien Zeller) prévu par l’actuelle réforme qui institue un cumul des mandats, dénoncé par ailleurs, entre élus départementaux et élus régionaux (futur « conseiller territorial ») et encore moins la suppression des départements qui ont acquis depuis plus de deux siècles leur légitimité « géo-historique » et qui ont la charge essentielle de la politique sociale de proximité.
Face à l’Etat central et à ses préfets, une vraie régionalisation serait d’admettre l’existence de conseils régionaux enfin maîtres de leurs finances donc de leurs projets avec comme compétence principale sinon comme enjeu fondamental la relance d’une politique durable et solidaire d’aménagement du territoire.

· La Normandie, laboratoire régional pour un nouveau modèle d’aménagement du territoire en France ?

1° La « géo-histoire » a doté la Normandie, province densément peuplée et riche de son commerce agricole et maritime, d’un remarquable réseau de villes par sa densité, son maillage et par sa répartition équilibrée sur le territoire: cinq grandes agglomérations portuaires et maritimes sur l’estuaire et la baie de la Seine (Rouen ; Caen ; Le Havre ; Cherbourg ; Dieppe) ; deux « capitales » historiques (Caen et Rouen) ; une métropole régionale (Rouen) ; une technopole régionale (Caen) ; un port international (Le Havre) pour animer un vaste réseau de villes moyennes remontant au Moyen-Age ou à l’Antiquité (villes épiscopales, préfectures et sous-préfectures, villes portuaires secondaires) que relaye à son tour le maillage plus fin des bourgs chef-lieu de canton qui animent les territoires ruraux tous les 10km…

Bref ! s’il y a une région française où le rayonnement d’un « petit Paris de province » est rigoureusement impossible, c’est la Normandie : aura-t-on enfin le courage politique de lire correctement le mode d’emploi que nous impose la géographie et l’histoire ? L’exemple européen nous prouve en outre la plus grande pertinence et la plus grande efficacité des réseaux de villes pour animer et irriguer les territoires (ex : la « Randstadt » néerlandaise)

2° La coopération de finances et de projets entre collectivités territoriales : depuis 2005 , la région administrative de Haute-Normandie est la première en France à expérimenter une contractualisation de finances et de projets entre conseil régional, conseils généraux et grandes agglomérations (accord « 276 ») : cette méthode originale qui permet de financer des politiques publiques ambitieuses au service des populations pourrait être généralisée à l’ensemble des cinq départements et des deux régions de Normandie dans le cadre d’une coopération interrégionale unique en son genre…

3° L’évidence normande ou l’enjeu national d’organiser l’ouverture de Paris vers la mer : les collectivités territoriales normandes doivent prendre conscience qu’elles ont à mettre en œuvre un projet territorial original qui porte aussi un enjeu national :

-organiser la façade maritime, logistique et portuaire de la région parisienne tout en proposant une nouvelle façon de penser (panser ?) des territoires complémentaires et polyvalents avec un objectif de qualité (d’où la nécessité d’utiliser de nouveaux indicateurs économiques). La Normandie, bénéficiant d’une notoriété internationale exceptionnelle, est une mosaïque subtile entre urbanité et ruralité, terre et mer, puissance industrielle ou agricole et qualité paysagère, culturelle et résidentielle connectée à l’une des plus puissantes régions urbaines d’Europe.
Les réseaux normands permettraient l’animation autonome et spécifique d’une façade maritime susceptible d’intéresser la région parisienne à la mer…

4° Un vrai conseil régional pour une vraie région : la Normandie.
Un conseil régional enfin doté de son autonomie de finances et de projets aurait pour mission d’animer la mise en réseau des collectivités territoriales de la région (ex : conférence des exécutifs régionaux). Car la spécificité d’un conseil régional unique en Normandie serait moins de concentrer fonctions et pouvoirs au sein d’une « capitale administrative » que d’animer un fédéralisme normand dont nous voyons déjà les prémices ( ex : coopération interrégionale portuaire ; intégration de l’Estuaire…), dans un souci d’équilibre du territoire (ex : antennes du conseil régional dans le réseau des villes normandes)

Inutile de préciser qu’à terme, l’intégration totale de l’évidence normande (fusion régionale ou « réunification ») pour en faire le laboratoire d’un autre possible (coopération= réseaux=solidarités) ne manquerait pas de faire de la question régionale normande, un autre enjeu national : celui de l’achèvement de la décentralisation et de la recomposition régionale en France (ex : « réunification » de la Bretagne ; émergence du « Val de Loire » ; fusion départementale des Savoie ; création d’un département « Pays Basque » ; retour des « Hautes-Alpes » en Rhône-Alpes ; maintien ou non de la Picardie etc…)

Boîte à Pandore ou approfondissement de la démocratie ?
Ces réflexions sont dédiées à la mémoire de Pierre Mendès-France, résistant, président du conseil sous la 4ème République, maire de Louviers et député de l’Eure, attaché fermement comme on le sait, à l’idée de volontarisme et d’authenticité dans l’engagement en politique et à la mémoire de Gustave Héon, compagnon de résistance du premier, maire de Bernay, président du conseil général de l’Eure et qui s’était fermement opposé de 1972 à 1981 à la confirmation de la division administrative régionale de la Normandie.

Florestan d'Hudimesnil
Caen, le 10 mars 2011

Caen, la ville de Charlotte Corday et de la révolte "fédéraliste" contre les excès du centralisme jacobin et tyrannique! (1793)

Florestan d'Hudimesnil

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Re: VERS UN FEDERALISME NORMAND

Message par LORD le Lun 14 Mar - 13:25

Boujou.

Effectivement ce que l'on toujours prôné c'est :

"4° Un vrai conseil régional pour une vraie région : la Normandie.
Un conseil régional enfin doté de son autonomie de finances et de projets aurait pour mission d’animer la mise en réseau des collectivités territoriales de la région (ex : conférence des exécutifs régionaux). Car la spécificité d’un conseil régional unique en Normandie serait moins de concentrer fonctions et pouvoirs au sein d’une « capitale administrative » que d’animer un fédéralisme normand dont nous voyons déjà les prémices ( ex : coopération interrégionale portuaire ; intégration de l’Estuaire…), dans un souci d’équilibre du territoire (ex : antennes du conseil régional dans le réseau des villes normandes)"

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Re: VERS UN FEDERALISME NORMAND

Message par Clem1066 le Lun 14 Mar - 20:51

Situé dans l'ancien parlement à Rouen ! :flag1:

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Re: VERS UN FEDERALISME NORMAND

Message par crosman le Lun 14 Mar - 23:29


j'i fait eun sounge!!!

crosman

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