Hommages à Philippe Goujard

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Hommages à Philippe Goujard

Message par LORD le Dim 4 Jan - 20:42

Boujou.

"Philippe Goujard, professeur d’Histoire Moderne à l’Université de Rouen, est décédé dimanche 21 décembre 2008. Trois de ces collègues lui rendent hommage.

La disparition d’un grand historien rouennais
par Jean-Claude Vimont,
Directeur du département d’Histoire de l’Université de Rouen

Notre collègue et ami Philippe Goujard, professeur d’Histoire Moderne à l’Université de Rouen, nous a quittés le dimanche 21 décembre 2008. Il y a seulement quelques semaines, il dispensait encore des cours de préparation au CAPES et à l’Agrégation sur les affrontements religieux en Europe du milieu du 16e au milieu du 17e siècle. Hospitalisé, il continuait la rédaction d’un livre sur l’Absolutisme en Europe à l’époque moderne. Enseignant à l’Université de Rouen depuis 1977, il a contribué à la formation de milliers d’étudiants. Chercheur de grand talent, il nous laisse plusieurs livres et de nombreux articles qui témoignent des aspects novateurs de ces travaux. Homme curieux et chaleureux, non dénué d’humour, il a été une figure éminente du Département d’Histoire de notre Université. Ce sont ces trois aspects essentiels que je souhaiterai évoquer.

Une longue carrière universitaire à Rouen : plus de trente années.
Philippe Goujard est né à Rouen en 1946. Élève au Lycée Corneille, puis étudiant dans notre université, il obtient sa licence d’histoire en 1968, sa maîtrise en 1969. Ipésien, il est lauréat de l’Agrégation d’Histoire en 1970 et entame une carrière de professeur d’histoire-géographie au Lycée Jeanne d’Arc de Rouen.
En mai 1976, il soutient une thèse de Doctorat de 3e cycle sur L’abolition de la féodalité dans le Pays de Bray de 1789 à 1793. Le jury, composé des professeurs Albert Soboul, son directeur de thèse, Godechot, Jacquart et Surrateau lui décerne la mention très bien.
L’étude des processus révolutionnaires en France a été, depuis cette époque jusqu’aux cinq derniers comptes rendus de lectures qu’il livra de 2004 à 2007 aux Annales historiques de la Révolution française, l’un des thèmes de recherche de notre collègue Philippe. Il a notamment publié en 1984 aux Editions sociales une édition critique de textes choisis de L'Encyclopédie, plusieurs fois réimprimée, et participé à la commémoration scientifique du Bicentenaire de la Révolution française.
En 1977, il est élu assistant d’Histoire moderne à l’Université de Rouen, où il avait brillamment poursuivi ses études supérieures au sein d'une cohorte d'étudiants particulièrement distingués.
En 1981, il est élu maître de conférences d’Histoire moderne à l’Université de Rouen.
Inscrit en Sorbonne pour la présentation d'un Doctorat d'État, il soutient en réalité en 1990, en raison d'une bavure administrative, un Doctorat dit de "nouveau régime", ce qui l'obligea par la suite pour la poursuite de sa carrière, à soutenir l'Habilitation à diriger les recherches (HDR.). Le sujet en était La vie religieuse dans les provinces de Haute-Normandie de 1680 à 1789, thèse dirigée par le professeur Michel Vovelle. Le jury composé des professeurs Roche, Corvisier, Lemarchand, Venard lui décerne la mention très honorable. Cette thèse a été publiée en 1996 par le Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS) sous le titre Un catholicisme bien tempéré : la vie religieuse dans les paroisses rurales de Haute-Normandie de 1680 à 1789.
Notre collègue aborde alors un second thème de prédilection de ses recherches : la compréhension des pratiques religieuses en France et en Europe. Il n’abandonne pas pour autant le champ historique précédent puisque certaines de ses interrogations ont trait à la Révolution : pourquoi les habitants du Pays de Caux étaient-ils demeurés fidèles aux prêtres réfractaires tandis que ceux du Pays de Bray apportèrent leur soutient aux Constitutionnels. Notre collègue s’est particulièrement intéressé aux phénomènes de laïcisation en France, dans cette thèse puis dans l’Europe de l’Ouest au 18e siècle, à l’occasion de plusieurs colloques et dans le livre publié en 2004, L’Europe catholique au 18e siècle. Entre intégrisme et laïcisation. Ses nombreux articles, - je pense notamment à l’article pionnier sur les testaments rouennais du 18e siècle publié dans les Annales, Economies, Sociétés, Civilisations en 1981-, et le livre que je viens de citer, en font l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire des pratiques religieuses au 18e siècle.
En 1991, sous le patronage de Claude Mazauric, devant un jury de l'université de Rouen présidé par Daniel Roche, il soutient l'HDR qui lui permet de devenir, en 1998, Professeur des universités en Histoire moderne.
Parfait connaisseur de la Normandie moderne, il en offre une présentation de belle facture aux Editions Ouest-France en 2002 : La Normandie aux 16e et 17e siècles.
Chercheur talentueux, il a toujours cherché à croiser les analyses du temps long avec les mutations brusques, à identifier tous les facteurs possibles qui pouvaient permettre de comprendre les changements idéologiques et mentaux et, pour cela, il effectue des recherches de terrain, dépouillant par exemple 1500 testaments conservés aux Archives de Liège, analysant de très nombreux registres de confréries. Il sait également mobiliser les apports historiographiques de nos confrères de l’Europe toute entière, car il lit, et quelquefois parle, l'allemand, l'anglais, le catalan et le castillan. Cette intense activité de recherche et sa curiosité bibliographique ne pouvaient qu’enrichir et diversifier ses enseignements.
Je souhaiterai donc maintenant évoquer l’enseignant.

Le plaisir d’enseigner et de renouveler ses enseignements.
Chaque année le département d’Histoire publie un livret qui présente les enseignements qui seront offerts aux étudiants des différents cycles. La consultation de ceux qui ont pu être conservés témoigne en premier lieu d’une considération égale de notre collègue pour les étudiants de première année, de deuxième ou de troisième année. Il tient également à participer aux préparations des concours de recrutement des enseignants, prenant à bras le corps les nouvelles questions, multipliant les polycopiés et les heures, y laissant, peut-être une part de sa santé.
Chaque année, il offre aux étudiants des unités libres, que l’on nomme aujourd’hui unités de découverte ou unités transversales. Les thèmes choisis ne manquaient pas de surprendre et illustrent son inépuisable curiosité intellectuelle : des enseignements sur les juifs d'Europe orientale, la structure du shtetel et la littérature yddisch de 1492 à 1820, sur le Saint Empire romain germanique, sur la Russie d’Ivan le terrible à Pierre Le Grand, sur la Russie du 18e siècle, sur les Balkans du 15e au 18e siècles, sur le Japon du 15e au 18e siècle.
Enseignant exigeant, il contribue à une culture disciplinaire ouverte sur le monde, culture qui a profité à nombre d’enseignants du secondaire en poste aujourd’hui.

Une personnalité chaleureuse.
Toux ceux qui ont eu la chance de travailler, d’échanger avec Philippe, et ceci jusqu’aux derniers instants, savent qu’il usait de plusieurs registres, tantôt sévère, apostrophant l’un ou l’autre dans certains conseils de département, tantôt ironique, ne négligeant pas les apostrophes humoristiques, peu avare de digressions historiques, mais aussi fort clairvoyant sur les enjeux de l’évolution actuelle de l’Université française. Notre collègue est également attentif aux préoccupations des uns et des autres, amoureux des conversations sur des points historiques précis ou sur des passions qu’il n’a pas encore pu transformer en enseignements optionnels. Je ne citerai que ses engouements pour la chanson française, pour les films noirs des années cinquante, et pour les compétitions de football. Il sait être Alban ou le commissaire Blot du Deuxième Souffle, et connaît par cœur les dialogues des Tontons flingueurs. Philippe est également un relecteur très attentif et j’ai eu à plusieurs reprises l’occasion d’apprécier ses avis et suggestions pour des articles en préparation sur des sujets qui auraient pu sembler fort éloignés de ses préoccupations. Il s’intéresse aux sujets de recherche de ses jeunes collègues. Peut-être timide, il n’ose pas toujours le dire à certains ou certaines, mais sait le faire savoir par des voies détournées

Le Département d’Histoire, l’UFR de Lettres et Sciences humaines et l’Université de Rouen viennent de perdre un enseignant-chercheur de grande qualité. Je tiens à en témoigner au nom de tous les collègues qui n’ont pu être présents ce jour. Et j’adresse à ses proches toute notre sympathie et nos condoléances attristées."
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LORD

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