Thibaut Cuisset à Rouen (76).

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Thibaut Cuisset à Rouen (76).

Message par LORD le Mar 28 Juil - 18:58

Boujou.

Le Palais des congrès de Rouen est laid et il fait du mal à la célèbre cathédrale, qu'il touche presque, sur la place principale de la cité normande. Mais allez le voir. Sa façade est recouverte pour six mois, jusqu'au début de 2010, d'une immense bâche de 25 mètres de large sur 14,50 mètres de haut sur laquelle est reproduite une belle photographie en couleur de Thibaut Cuisset. Un paysage normand : une route qui serpente dans la verdure. Une bonne nouvelle n'arrive jamais seule : le démontage de la bâche marquera le début de la destruction du Palais des congrès.

Un grand photographe, une image gigantesque installée au centre d'une ville : à notre connaissance, l'événement est inédit. C'est Thibaut Cuisset lui-même qui a assuré la réalisation et l'installation de la bâche à la demande de la ville, qui en a payé le coût - 27 000 euros selon Paris Normandie. L'image est barrée de la formule "Voilà mon atelier", écrite par le peintre Claude Monet en 1880. C'est Cuisset qui a trouvé la phrase et l'a incrustée dans son image.

"L'idée était d'accrocher une image de nature dans la ville, explique le photographe. Mais aussi de l'associer aux manifestations de l'été sur la place de la cathédrale." A savoir des projections en plein air imaginées par des concepteurs du spectacle de lumière "De Monet aux pixels".

Pour Thibaut Cuisset, outre le plaisir de voir une de ses images exposée au regard de milliers de personnes tous les jours, cette performance constitue un précieux produit d'appel. La photo est en effet extraite de l'exposition qu'il présente à Rouen, à quelques centaines de mètres de la cathédrale, et qui a pour thème la boutonnière du pays de Bray, région située à l'extrémité est de la Normandie.

Thibaut Cuisset est un des grands photographes français du moment. Il est notre meilleur paysagiste, un genre vivace aux Etats-Unis, mais qui reste peu en vogue en France. Il fonctionne par campagnes, comme il dit. Auparavant, il a opéré en Suisse, en Italie, en Espagne, en Islande, en Namibie... Ses photos, qu'il réalise en marchant, sont reconnaissables par leur clarté, leur précision, leur absence de contrastes, les tonalités pastel, qui aimantent l'oeil, donnent envie d'entrer dans le paysage, sans que ce dernier ne soit pure décoration.

Dans cette campagne domestiquée, agricole, on voit encore plus qu'avant ce qui intéresse Cuisset : non pas la nature, qui se fabrique toute seule et qui est hostile. Non le jardin, qui est une violente construction humaine. Pas plus la banlieue pavillonnaire ou la périphérie industrielle. Encore moins le site remarquable qui figure sur les cartes postales.

Le risque du pittoresque:

L'affaire de Cuisset, c'est le paysage dans son aspect le plus commun et remarquable à la fois. Ce lieu hybride, à la fois façonné par l'homme, et qui donne l'apparence de ne pas avoir bougé depuis des siècles. Dans le texte d'introduction au livre Une campagne photographique signé par Thibaut Cuisset, Gilles Tiberghien, en spécialiste du paysage, explique très bien comment, alors que les 28 images sont vides de signes traditionnels humains (paysans, fermes, vaches, tracteurs, etc.), le "travail des hommes" transpire partout.

Ce désir de montrer comment l'homme "bouge" le paysage sans avoir l'air d'y toucher est condensé en deux photographies, réalisées depuis le même point de vue, à des moments différents. Seul le spécialiste comprendra la substitution des agricultures. Le spectateur se contentera, et c'est l'essentiel, de sites qui changent de couleur tout en conservant leur beauté.

Jusqu'ici, la couleur dominante chez Cuisset était l'ocre, la terre des pays chauds du Sud. Avec ces images paisibles, il s'est mis au vert. Le vert pour la Normandie, quoi de plus naturel. Quoi de plus périlleux, aussi, pour le photographe qui, immanquablement, tutoie le pittoresque.

Ajoutons que c'est une institution locale qui a passé la commande, et que l'habitant retrouvera sur les photos avec bonheur ses "coins" - Fontaine, Mesnières ou Roncherolles. Tout cela pourrait enfermer les images dans un intérêt local. Et pourtant, on peut ne rien entendre à la Normandie et trouver les images captivantes. C'est à cela que l'on distingue les grands photographes.

"Une campagne photographique, la boutonnière du pays de Bray" - Galerie photo du Pôle image Haute-Normandie, 15, rue de la Chaîne, Rouen (Seine-Maritime).
Tél. : 02-35-89-36-96. Entrée libre du mardi au samedi, de 14 heures à 18 heures. Jusqu'au 25 juillet.

"Une campagne photographique" de Thibaut Cuisset, texte de Gilles Tiberghien, Filigranes Editions, 62 p., 27 €.

Voir aussi l'exposition :
"La Normandie contemporaine" avec des photos de Thibaut Cuisset. Musée des beaux arts de Caen, Le Château, 14000 Caen.
Tél.: 02-31-86-85-84. Tous les jours, de 9h30 à 18 heures; fermé le mardi. 5,20€ et 3,20€. Jusqu'au 30 août.

Michel Guerrin. Le Monde.
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